Stéphane Ortelli : "Un jour, j'ai été dépassé par Egan Bernal"

Rédigé le 23/11/2021
lmercier

Si Stéphane Ortelli reste avant tout un pilote à part entière, le Monégasque est aussi un féru de vélo.

Quel est le quotidien de Stéphane Ortelli ? 

"Beaucoup de vélo et d'enduro. Greg Gilson (champion moto, ndlr) m'a fait aimer les motos vintage, celles qui ont plus de 30 ans. Ma 125 cm3, qui date de 1984, est parfaite pour les petits chemins. Pour le vélo, c'est clairement une passion. Je remplace le manque de kilomètres en voitures de course par le vélo (rires). J'ai cette passion depuis Bob Wollek dans les années 90. Il était un fondu de vélo. Je prends aussi le temps de faire du coaching en GT3." 

Beaucoup de pilotes font du vélo. Qu'en retirez-vous ? 

"Le vélo permet de travailler la force mentale, sans oublier l'esprit de liberté et de balade. Cela donne l'occasion de découvrir des cols et des paysages incroyables. 90% du temps, je roule en montagne. Mon gabarit est bon pour la montagne. Je roule sur un Fuji qui reste un vélo simple et facile à emmener. Il est parfait pour un gabarit de quelqu'un qui pèse 60 kg. Quand tu es dans le dur, il permet de conserver une vitesse moyenne."

Le vélo fait beaucoup ? 

"Tu as des vélos magnifiques, mais il faut la puissance pour l'emmener. Mon Fuji vaut moins de 2000 euros, mais je prends beaucoup de plaisir sur des sorties de 100 km. Sur une petite distance, tu ne t'en aperçois pas vraiment. Tu rajoutes le même nombre de kilomètres et là ce n'est plus la même chose. Je viens de l'équiper de pneus quatre saisons  car je roule à environ 1300 mètres d'altitude sur des routes sales avec un risque de crevaisons."

Être pilote de course est un avantage dans les descentes ?

"C'est un avantage pour les trajectoires, pas pour aller plus vite mais sur du longitudinal qui permet de conserver une certaine vitesse plutôt que de prendre des risques. Plus tu vas vite, plus tu prends le risque de tomber et je ne veux pas me retrouver dans cette fâcheuse situation. En descente, je roule aussi pour les autres car le vélo est un sport de partage." 

Vous roulez avec d'autres pilotes ? 

"J'ai eu l'occasion il y a quelques années de rouler avec Brendon Hartley après Le Mans. J'ai pris beaucoup de plaisir à pédaler à ses côtés et à parler autre chose que de voiture. Sarah, sa femme, est très douée. J'ai aussi roulé avec Paul Belmondo qui a un très bon niveau. Il m'est aussi arrivé de pédaler avec Mikaël Cherel (AG2R Citroën)."

Beaucoup de cyclistes professionnels résident à Monaco...

"Un jour, j'ai été dépassé par Egan Bernal. Je me suis mis dans le rouge pour le rattraper et le féliciter. Il était seul, ce qui a permis d'échanger. Nous avons discuté de Porsche car il est ambassadeur de la marque en Colombie. Il a pris le temps de discuter puis il m'a laissé la chance de rouler derrière lui en montée. Dans une épingle, il a vu que j'en chiais, alors il a ralenti pour me permettre de le suivre. Il a fallu attendre la descente pour discuter voiture (rires). En voyant un mec comme lui, je comprends encore plus la beauté de ce sport. C'était mon plus beau moment vélo. Beaucoup se prennent la tête, et là t'as un gamin qui ne se la prend pas ! Je suis surpris par le fait que 9 fois sur 10, les gens que tu reconnais te font un signe. On a tous la même envie d'aller pédaler..." 

Vous ne faites pas de compétition ? 

"Je vais disputer en décembre prochain le GravelMan St Tropez Edition. La course fait plus de 350 km. Le meilleur devrait le faire en 16 heures, nous en deux jours. L'objectif sera d'arriver. C'est plus le mental que la condition qui compte avec un vrai partage. Que ce soit en pilotage ou en coaching, j'aime le côté transmission."

On sent que vous aimez partager...

"J'ai vécu des choses extraordinaires avec Bob (Wollek) et Yannick (Dalmas). Ils ne m'ont jamais rien caché et je suis devenu ce que je suis grâce à eux. J'ai eu la chance de partager un tas de choses avec Marc Lieb, Gimmi Bruni, Romain Dumas, Albert Costa, Laurens Vanthoor, Nico Müller ou encore Stéphane Richelmi. Je n'ai pas l'intention de mettre un terme à ma carrière. La vitesse sur un tour à 20 ans est remplacé par l'expérience. L'âge est un chiffre. Je suis encore capable de me battre et de donner le meilleur de moi-même."